Nouveau concept de graminées pour enrichir les prairies en protéines
Une prairie nouvellement semée nécessite du temps pour exprimer tout son potentiel de production. La première coupe ne répond donc pas toujours aux attentes. Grâce à un nouveau concept combinant des trèfles annuels et pérennes, la période d’installation est nettement réduite.
L’éleveur laitier Richard Blenke et son fils Roy, de Hertme, obtiennent d’excellents résultats avec ce nouveau concept de prairie. Peu après la récolte du maïs, ils ont semé la parcelle avec une combinaison de Topsilo (ray-grass anglais tétraploïde), Duet (trèfle blanc et trèfle rouge pérennes) et Protafix (un mélange de quatre trèfles annuels). Dès le printemps, cette association leur a permis de réaliser trois coupes productives et riches en protéines, explique Richard Blenke.
C’est une belle culture, bien verte et vigoureuse, qui affiche des rendements remarquables, surtout pour une parcelle récemment implantée.
La première coupe a été réalisée le 28 avril, la deuxième le 28 mai et la troisième fin juin.
Besoin de davantage de trèfle au printemps
Le chef de produit Tom Niehof revient sur ce concept innovant. « Les éleveurs laitiers ont besoin de davantage de trèfle au printemps. Non seulement pour obtenir un rendement plus élevé, mais aussi pour augmenter la teneur en protéines et réduire quelque peu la teneur en sucres des première et deuxième coupes. Avec uniquement du trèfle rouge ou du trèfle blanc, cet objectif est difficile à atteindre, car ces espèces ne démarrent réellement qu’un peu plus tard dans la saison. »
Selon Tom Niehof, c’est la raison pour laquelle l’ajout de trèfles annuels lors du semis d’un mélange destiné à une prairie permanente donne de très bons résultats. « En France et en Belgique, les éleveurs laitiers disposent déjà d’une solide expérience dans ce domaine. Au cours des six premiers mois suivant l’implantation d’une nouvelle prairie, cette approche apporte un véritable coup de pouce à la production et à la qualité du fourrage. Elle permet également d’obtenir une proportion nettement plus élevée de trèfle dans les premières coupes. »
Un avantage indirect, ajoute Tom Niehof, est la réduction potentielle du recours aux engrais minéraux. « Comme les trèfles sont déjà bien présents et visibles dès le début, leur contribution à la fixation de l’azote devient rapidement significative. »
Évolution de la proportion de trèfle au cours de la première année suivant le semis
Contribution des différentes espèces de trèfle
Les quatre espèces de trèfle annuel utilisées dans ce mélange présentent chacune des caractéristiques spécifiques qui contribuent à l’originalité de ce concept prairial.
Le trèfle de Balansa est réputé pour sa production élevée dans des conditions plus fraîches ou plus humides, ce qui le rend particulièrement adapté à la période hivernale. Un autre avantage majeur de cette espèce est sa capacité à conserver sa valeur alimentaire. Alors que de nombreux trèfles perdent en digestibilité après la floraison, le trèfle de Balansa maintient une excellente qualité fourragère.
Le trèfle de Perse se distingue surtout par ses bonnes performances en conditions sèches.
Le trèfle d’Alexandrie est quant à lui reconnu pour sa forte productivité et sa croissance rapide.
Le trèfle incarnat est une espèce polyvalente qui s’adapte à tous les types de sols.
Selon Tom Niehof, l’association des trèfles annuels avec les trèfles blancs et rouges pérennes permet de combiner les qualités d’un sprinteur du 100 mètres avec celles d’un marathonien.
Le marathonien bénéficie ainsi d’un départ impressionnant.
Une expérience à renouveler
Chez la famille Blenke, aucun apport de lisier n’a été effectué avant la première coupe. « L’herbe s’était développée si rapidement qu’un apport supplémentaire de lisier n’était pas nécessaire », explique l’éleveur laitier. Sur son exploitation, la culture de l’herbe joue un rôle essentiel. Les plus de deux cents vaches laitières restent en bâtiment et affichent une production moyenne de 11.300 kilos de lait, avec 4,36 % de matière grasse et 3,58 % de protéines. Son objectif est d’obtenir des premières coupes riches en protéines et à rendement élevé. Il pratique également largement l’affouragement en vert durant l’été.
Blenke travaille depuis plusieurs années avec des mélanges de trèfle blanc et de trèfle rouge, mais l’utilisation de trèfles annuels est une nouveauté pour lui. « En raison de l’évolution de la réglementation concernant les cultures de repos, je recherchais davantage de prairies temporaires ainsi qu’une plus grande flexibilité, sans compromis sur la qualité. L’objectif a été atteint. Après la récolte du maïs de cette année, je referai certainement cette expérience de la même manière », affirme-t-il. Les trèfles annuels disparaissent après la première année.
N’est-ce pas un inconvénient ? Niehof répond : « En réalité, les trèfles blancs et rouges pérennes prennent ensuite le relais au niveau de la production. C’est pourquoi ce mélange est surtout intéressant pour donner un coup de pouce aux premières coupes après l’implantation d’une nouvelle prairie. »
Expérience d’un éleveur belge
L’un des éleveurs laitiers flamands qui cultivent des trèfles annuels est Frank De Cock. Avec son fils Arjen, à Sint-Laureins, il exploite une ferme laitière comptant 400 vaches laitières. Au cours de la troisième semaine de septembre 2025, après la récolte du maïs, De Cock a semé sur 15 hectares un mélange unique de graminées et de trèfles. Celui-ci se compose de ray-grass anglais tétraploïde, de ray-grass hybride et de quatre espèces de trèfle : deux espèces pérennes, le trèfle blanc et le trèfle rouge, ainsi que deux espèces annuelles, le trèfle incarnat et le trèfle de Balansa. En Belgique, l’utilisation du trèfle en association avec le ray-grass anglais connaît un essor marqué depuis trois ans. Les pouvoirs publics accordent des subventions attractives pour la culture des légumineuses.
Chez lui aussi, les deux trèfles annuels ont permis au jeune semis de démarrer très rapidement. Dès le 20 avril, De Cock a récolté une première coupe produisant plus de 3 tonnes de matière sèche. La deuxième coupe a été réalisée le 20 mai et a fourni environ 2,5 tonnes de matière sèche. La troisième coupe, récoltée aux alentours du 20 juin, a apporté encore 2,5 tonnes de matière sèche de graminées et de trèfles. Cette année, De Cock espère récolter au moins sept coupes de cette culture. « Nous exploitons une ferme laitière intensive avec un troupeau à haut potentiel de production sur un sol sableux riche en humus. La ration se compose de 75 % de maïs et de 25 % d’herbe. Notre objectif est de produire un maximum de fourrage grossier de qualité sur l’exploitation, et ce mélange très productif s’intègre parfaitement dans cette stratégie en combinaison avec la rotation des cultures. »