luzerne

La luzerne fixant l’azote donne du peps au rumen

La luzerne, en tant que légumineuse, fixe l’azote de l’air et tolère bien la sécheresse. Comme fourrage, elle constitue une excellente source de protéines, dotée d’une forte structure fibreuse qui procure au rumen la stimulation nécessaire.

Source : Veeteelt - Texte : Grietje de Vries

Pas besoin de fertilisation azotée

En tête de la liste des cultures intéressantes figurent les espèces capables de fixer elles-mêmes l’azote. C’est le cas de la luzerne. La luzerne est une plante à tige robuste, feuilles fines et, à la floraison, une fleur violette au sommet. C’est une légumineuse qui n’a pas besoin de fertilisation azotée et qui, grâce à son enracinement profond, tolère bien la sécheresse.

« La luzerne présente plusieurs caractéristiques qui en font une culture intéressante pour les éleveurs laitiers. En ce moment, avec les prix élevés, l’économie d’engrais arrive en tête, mais comme aliment du bétail la luzerne s’en sort très bien aussi, » explique Eddy Decaesteker, conseiller en élevage laitier chez Inagro. « Comme source de protéines, la luzerne est déjà comparable à un très bon ensilage d’herbe et, en termes de rendement, elle tient bien la comparaison. » Autre atout pratique : la luzerne est une plante pluriannuelle, ce qui signifie que les coûts de semis peuvent théoriquement être amortis sur trois, quatre voire cinq ans, à condition que la culture soit bien entretenue.

Semis peu profond, enracinement profond

L’entretien vient évidemment en deuxième étape : il faut d’abord réussir le semis. Le meilleur moment est le printemps, vers fin mars ou début avril. En automne, il est aussi possible de semer jusqu’à la mi-septembre, mais août est préférable. « Le moment optimal dépend de la variété semée. Certaines variétés ont une saison de croissance plus longue mais sont moins rustiques en hiver, tandis que les variétés plus rustiques se fauchent moins souvent, » précise Tom Niehof, product manager fourrages chez Barenbrug.

La variante à longue saison de croissance peut redémarrer en automne, alors que les variétés plus rustiques se sèment de préférence au printemps. « Semez de préférence sur des parcelles à sols calcaires ; la luzerne exige un pH d’au moins 6. Choisissez aussi une parcelle peu sensible aux adventices, car les possibilités de protection phytosanitaire sont limitées. Idéalement, on démarre donc la culture le plus “proprement” possible, » ajoute Niehof.

Pour la préparation du lit de semences, il recommande un apport de 25 m³ de lisier bovin afin d’assurer une bonne réserve en phosphore et en potassium. La graine ne doit pas être enfouie profondément : 1 cm de profondeur suffit. « La plante, elle, s’enracine profondément, ce qui est un avantage de la luzerne. La culture supporte assez bien la sécheresse, une caractéristique de plus en plus importante. »

Lorsque la luzerne a suffisamment poussé, on peut la faucher. « C’est vraiment une culture de fauche ; à quelques types près, on ne pâture pas la luzerne. Pour choisir le moment de la fauche, il est important de surveiller la floraison. De début à pleine floraison, la digestibilité de la luzerne diminue d’environ 1 % par jour en raison de la lignification, » indique Niehof.

Nous pouvons faucher la luzerne quatre fois par an pour 12 à 14 tonnes de matière sèche à l’hectare.

 

Jo Vandamme
Éleveur laitier à Bredene

Faucher au début de la floraison

Pour tirer la meilleure valeur alimentaire d’une parcelle de luzerne, il convient, selon lui, de faucher au moment où 10 % des plantes sont en fleur. « Pour une qualité maximale, on pourrait même faucher avant le vrai démarrage de la floraison, mais cela épuise la plante. C’est pourquoi il est conseillé de laisser les plantes fleurir au moins une fois, dans la seconde moitié de la saison, afin qu’elles stockent suffisamment de réserves dans les racines », explique Niehof. Le moment de la fauche est crucial et, pour la plupart des variétés, on peut intervenir quatre à cinq fois par an, poursuit-il. « La dernière coupe doit être bien calée, car la plante doit entrer en hiver avec assez de réserves. Pour cette raison, il est déconseillé de faucher souvent en automne. »

Après la fauche, la luzerne peut être conservée de différentes manières. Certains éleveurs l’ensilent en même temps que l’herbe, mais elle peut bien sûr être ensilée seule, par exemple en balles (enrubannage). La luzerne peut aussi être envoyée au séchoir à herbe. Quelle que soit la méthode, il est essentiel de manipuler la luzerne fauchée avec précaution. « Les feuilles de luzerne sont très fines et fragiles, mais contiennent une grande part des protéines. Évitez donc de faner juste après la coupe, sinon vous perdez les feuilles. Le plus souvent, on fauche en andain ; cela fonctionne bien », précise Niehof.

Selon Decaesteker d’Inagro, il est également important de ne pas trop travailler le produit fauché. « Ce qui est délicat avec la luzerne, c’est la tige. Il faut vraiment valoriser les feuilles ; sinon, vous vous retrouvez surtout avec de la paille, et non la protéine qui fait tout l’intérêt de la luzerne comme aliment. »

Ajuster la ration avec la luzerne

Pour piloter la ration, Decaesteker estime qu’il est plus pratique de ne pas ensiler la luzerne avec l’herbe. « On n’en a pas besoin de grandes quantités ; avec 2 à 4 kg de matière sèche, on en profite déjà suffisamment, mais un peu de luzerne dans la ration peut constituer un bel atout pour la digestion de l’ensemble », avance-t-il. Sur le papier, la luzerne n’est pas un produit avec lequel on souhaite remplacer trop d’ensilage d’herbe : si, avec 170 de protéines brutes, elle soutient bien la comparaison avec l’ensilage d’herbe, elle est un peu en retrait sur le plan énergétique. « La plupart des résultats d’analyses, en raison de la méthode d’évaluation de la valeur alimentaire, ne dépassent pas 720 VEM, alors qu’un ensilage d’herbe se situe généralement au-dessus de 900. Pourtant, sur le terrain, on observe que la luzerne peut vraiment apporter un plus à la ration. Cela tient à la “stimulation” qu’elle procure. C’est un petit coup de pouce pour les microbes du rumen, ce qui profite aussi à la digestion des autres composants de la ration. Quelques kilos de luzerne peuvent donc être utilisés comme un bon levier de pilotage. »

D’après Decaesteker, la culture de la luzerne est surtout intéressante lorsque la ration contient principalement des produits riches en énergie et que l’exploitation dispose de relativement peu de prairies. « Comparée au maïs, la culture coûte nettement moins cher, surtout si l’on tient compte des prix actuels des engrais. La capacité de fixation de l’azote de la luzerne est, à cet égard, une vraie aubaine. »

luzerne

Plus de vingt ans d’expérience

Jo Vandamme, éleveur laitier à Bredene, cultive de la luzerne depuis plus de vingt ans. La luzerne est implantée sur 2,5 hectares. « Nous avons choisi la luzerne parce que c’est une légumineuse et qu’elle nécessite donc peu d’azote. En outre, elle améliore la structure du sol et, après la luzerne, je peux cultiver du maïs pendant deux ans sans apport d’engrais minéraux », explique Vandamme, qui possède au total 60 vaches laitières. Chaque année, la luzerne fournit 12 à 14 tonnes de matière sèche par hectare. « Ici, la luzerne tient deux à quatre ans et, le plus souvent, nous pouvons faucher quatre fois par an. »

La culture est surtout délicate sur sols humides, constate Vandamme. « Ici, sur le lourd sol de polders riche en calcaire, cela se passe bien, mais la coupe de l’automne dernier a laissé des ornières. Les conditions humides rendent le travail du sol difficile et la lutte contre les adventices constitue également un défi. »

Après la fauche, la luzerne est mise en balles avec une couche supplémentaire de plastique afin d’éviter que les tiges n’y percent des trous. La ration intègre ensuite 2,5 à 3 kg de luzerne ; le reste se compose principalement de 60 % de maïs et 40 % d’herbe. « Les vaches en raffolent et, grâce à la luzerne, bénéficient d’une bonne structure et d’une source de protéines de qualité. »

Luzerne

  • VEM* : 722 VEM/kg MS
  • Protéines brutes* : 170 g/kg MS
  • DVE* : 38 g/kg MS
  • OEB* : 83 g/kg MS

* source : données de valeur alimentaire Eurofins Agro (2021),
** source : CBS, *** source : Département de l’Agriculture (Flandre)

  • VCOS* : 66,5 %
  • Sucres* : 36 g/kg MS
  • Superficie aux Pays-Bas** : 7 320 hectares
  • Superficie en Flandre*** : 1 300 hectares
Artemis

Plus d’infos sur la luzerne

La luzerne est idéale pour produire des rations riches en fibres structurantes et en protéines. Elle fixe l’azote de l’air ; aucun apport d’azote supplémentaire n’est donc nécessaire. En outre, grâce à son enracinement profond, cette culture pousse bien en période sèche et améliore la structure du sol.

En savoir plus